Mais où diable atterrissent vos fripes? Portrait du recyclage textile

À l’heure du fast-fashion et de la chasse vorace au dernier item must-have, nombre d’entre nous portons nos vêtements dans des friperies dans le but de désengorger nos garde-robes et dépoussiérer notre sélection d’items pour la saison à venir. Or, quelle est la portée de ce geste à la fois libérateur et générateur de bonne conscience? Sait-on vraiment ce qu’il advient de notre chemisier blanc cerné ou de notre (aussitôt regretté) pull tape-à-l’œil  acheté sur un coup de tête?

Regard sur les habitudes de consommation au Québec

Selon une étude de 2009 de Recyc-Québec, les québécois consomment en moyenne 27 kg de vêtements et de textiles ménagers par année. De ce chiffre, jusqu’à 60 % de ces derniers prennent le chemin du dépotoir: ils sont soit directement jetés par les consommateurs, soit par les centres de don. Néanmoins, les chiffres les plus récents laissent croire que la situation va de mal en pis. Ainsi, Ekotex, une entreprise spécialisée dans la collecte, le tri et la redistribution des tissus de seconde main, annonçait en 2015 que 170 000 tonnes de déchets issus des textiles post-consommation (vêtements, literie et autres) sont produits par année au Québec, dont 124 000 qui atterrissent dans les sites d’enfouissement ou d’incinération. Il s’agit là d’un bond de 12 % du volume d’enfouissement ou d’incinération en six ans! Quant aux données spécifiques aux textiles collectés par l’entreprise, 5 % sont vendus en boutique, 25 % sont expédiés dans des pays en voie de développement (Afrique, Europe et Asie), 30 % sont transformés en chiffons industriels ou en fibres et finalement 40% sont enfouis ou incinérés. Malgré que ces chiffres couvrent la réalité d’une seule compagnie, ils sont révélateurs de nos habitudes de (sur)consommation. Il est donc fort à parier que si ce pull à paillettes multicolore n’a pas fait le bonheur d’un client de friperie sa destinée aura été un voyage à l’étranger ou encore une mort précoce par déchiquetage, enfouissement ou incinération.

Vider sa garde-robe sans culpabilité: est-ce possible?

Enjeux liés à la récupération des tissus usagés

Mais on recycle ces tissus, à quoi bon se préoccuper? Il faut savoir que les pratiques de recyclage textile au Québec sont encadrées par une législation rigide – et désuette – qui vise la protection sanitaire du consommateur. En effet, une loi de 1969 limite la récupération de tissus usagés à la production de chaussures, de cercueils et de véhicules, excluant du même coup la possibilité d’utiliser ces matières pour le rembourrage d’articles ménagers, par exemple. Au Canada, c’est uniquement au Québec, en Ontario et au Manitoba qu’on restreint cette pratique.

Quant à l’expédition à l’international de ballots de vêtements seconde main, qui représente cinq fois le volume de fripes vendues dans le cas d’Ekotex, elle n’est pas sans conséquences. Soulignons d’abord l’évidente empreinte écologique associée au transport outre-mer de ces cargaisons. Cela dit, selon le Guide du vêtement responsable d’Équiterre, l’impact le plus grand serait d’ordre social: il résiderait dans la perte d’emploi locale résultante de l’invasion des marchés des pays récepteurs. Recyc-Québec abonde dans le même sens en soulevant l’enjeu éthique de cette pratique qui, plus souvent qu’autrement, consiste à revendre à des tiers partis plutôt qu’à donner à des organismes à but non lucratif. Qui plus est, ces tissus exportés dans des pays en voie de développement ‘’[…] sont parfois revendus à des prix beaucoup plus élevés que ce que l’exportateur a déboursé pour se les procurer, au lieu d’être liquidés pour des sommes modiques.’’ Conclusion: ces envois sont loin d’être caritatifs, mais bien motivés par des visées lucratives!

Des solutions? Une lueur d’espoir dans le sombre panorama du vêtement

Comme se vêtir est un besoin de base et qu’il occupe une place importante dans nos cultures, il existe heureusement des manières de réduire son empreinte personnelle: bonne nouvelle pour les fashionistas! En s’appuyant sur le principe des 3R-V d’Équiterre – Réduire, Réutiliser, Recycler et Valoriser – nous dressons ici une liste des stratégies pour ne rien perdre de son panache tout en consommant en accord avec ses valeurs.

Un comportement responsable passe avant tout par le fait de Réduire, soit de limiter sa consommation en rationalisant et rationnant ses achats. Il suffit de réfléchir davantage à la durée de vie des biens convoités et à la nécessité de les acquérir. Visez la durabilité, la qualité et la versatilité des pièces, mais aussi ayez conscience de ce qui vous sied pour éviter les achats malheureux!

Vient ensuite le deuxième R: Réutiliser. Réparez les trous, reprisez les mailles folles et ajustez les boutons de manteau, pantalon ou chemise selon vos fluctuations de poids. Également, transformer ses vêtements suffit parfois pour assouvir le besoin de nouveauté qui motive souvent les virées shopping: convertissez un pantalon troué en short ou un pull en débardeur, par exemple. À vos aiguilles!  (Voir notre article Quatre astuces pour donner un second souffle à vos vêtements. )

Et si vos fripes vous ennuient à mourir, pourquoi ne pas participer à des événements de troc de vêtements ou de vente d’articles de seconde main? Si le temps manque, songez à offrir vos vieux vêtements aux friperies oeuvrant dans le milieu social qui, pour ne nommer que celles-là, favorisent l’insertion sociale de nouveaux arrivants (Renaissance) ou encore accompagnent les femmes en difficulté (Le Chaînon).

Toutefois, Réutiliser signifie surtout conserver ses pièces plus longtemps, ce qui nous renvoie aux judicieux conseils prodigués sous le premier R, soit mieux choisir ses vêtements!

Quant au R de Recycler, cette étape n’est certes pas toujours à la portée du consommateur, puisqu’elle se joue dans la cour des compagnies spécialisées en transformation des vêtements usagés en fibres ou matériaux. Toutefois, on peut favoriser cette alternative en optant pour des créations recyclées. Bémol, Équiterre nous rappelle que le recyclage textile est composé de procédés très énergivores, ainsi donc il faudrait privilégier les deux autres R.

Et pour Valoriser, il s’agit de faire preuve d’imagination: un esprit visionnaire sommeille en vous! Ainsi vieux pulls et jeans se transforment en chiffons pour la maison ou s’insèrent dans un patchwork, au gré des aléas de votre créativité!

Faites votre propre recyclage textile en vous adonnant à la couture!

Les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là puisque, selon un récent reportage de Radio-Canada, un projet de loi permettant la transformation de matières usagées pour les articles rembourrés serait présentement à l’étude à Québec! Parmis les facteurs à considérer pour la mise sur pied de ce texte légal on retrouve: la viabilité des produits sur le marché international et national ainsi que des questions de santé publique. Pour ce qui a trait plus spécifiquement au rembourrage, les fibres devront être résistantes aux flammes et jugées salubres. Assisterons-nous donc bientôt à la mort de l’étiquette ‘’Matériaux neufs seulement’’ qui ornent moquettes et fauteuils?

Et vous, comment jonglez-vous avec votre goût pour la mode et votre désir de consommer responsablement?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *